Quand une personne traverse un moment de détresse, réfléchir à la prochaine heure peut déjà demander beaucoup d’énergie. Hop ma liste a été conçue par le CHU d’Angers pour aider les personnes qui ont des idées suicidaires. Je l’ai abordée comme un outil très concret, à garder sous la main avant que la situation ne devienne trop difficile à gérer. Son intérêt ne tient pas à une promesse spectaculaire, mais à une démarche simple : préparer des repères et des actions auxquelles revenir quand les pensées prennent toute la place.
Cette application gratuite appartient au domaine de la médecine et s’adresse à un public très large, avec une classification PEGI 3. Elle est disponible sur les appareils fonctionnant au moins sous Android 7.0. Elle peut donc convenir à quelqu’un qui cherche un support accessible, sans abonnement à prévoir et sans avoir besoin de transformer son téléphone en journal intime compliqué. Pour autant, je ne la considère pas comme un remplacement d’un médecin, d’un proche de confiance ou des services d’urgence. C’est un outil d’appui, pas une prise en charge complète.
Ce que l’application apporte réellement dès le premier jour
La première chose à comprendre est le rôle de cette application. Elle ne cherche pas à analyser votre personnalité, à poser un diagnostic ou à expliquer toute l’origine de votre souffrance. Elle sert plutôt à vous aider à organiser une réponse personnelle aux moments où les idées suicidaires deviennent envahissantes. Cette nuance est importante : son utilité dépend beaucoup du travail que l’on accepte de faire lorsqu’on est relativement calme.
Je conseille donc de ne pas attendre une crise aiguë pour l’ouvrir. Le meilleur moment pour la découvrir est celui où vous pouvez lire tranquillement, réfléchir à ce qui vous apaise un peu et noter les personnes ou les endroits qui pourraient vous aider. Une liste préparée à l’avance est plus facile à consulter qu’une décision improvisée sous pression. Pour moi, c’est le principal intérêt pratique de Hop ma liste : elle transforme des intentions vagues comme « il faudrait que je demande de l’aide » en étapes auxquelles on peut revenir.
Le nom est volontairement direct. Il rappelle qu’il ne s’agit pas d’un fil d’actualité, d’un espace de discussion ou d’un programme de bien-être général. Vous venez y construire un support personnel autour d’une situation précise. Cette spécialisation la rend plus pertinente qu’une application de notes classique pour ce besoin, car une note vide demande de savoir quoi écrire et dans quel ordre. Ici, le cadre est déjà orienté vers la sécurité et la préparation.
En revanche, il faut garder une attente réaliste. Une application ne peut pas garantir que la crise disparaîtra après la consultation d’une liste. Elle ne peut pas non plus remplacer la présence d’une personne capable d’intervenir. Si le danger est immédiat, je recommande de contacter sans attendre les urgences ou un professionnel, et de prévenir une personne de confiance. L’application peut accompagner cette démarche, mais elle ne doit jamais retarder une aide directe.
À qui je la recommande, et dans quels cas je choisirais autre chose
Je la recommande surtout aux personnes qui veulent préparer un plan personnel avec l’aide d’un professionnel, d’un proche ou d’un accompagnant. Elle peut aussi être utile à quelqu’un qui a déjà vécu des périodes de crise et souhaite rassembler au même endroit des repères définis à l’avance. Un parent, un ami ou un intervenant peut également aider à la remplir, à condition de respecter la personne et de ne pas prendre le contrôle de son contenu.
Je serais plus réservé pour une personne qui cherche uniquement une conversation immédiate, un suivi thérapeutique ou une réponse médicale personnalisée. Dans ces situations, une ligne d’écoute, un médecin, un psychologue ou les urgences sont plus adaptés. De même, si vous ne voulez pas écrire ou réfléchir à votre situation, une application de liste risque de vous sembler trop distante. Son efficacité vient de la préparation, pas d’une animation permanente.
Le fait qu’elle soit gratuite facilite l’essai, mais ne doit pas donner l’impression qu’elle suffit à elle seule. Je la vois comme une petite partie d’un dispositif plus large : un contact professionnel, une ou plusieurs personnes joignables, un environnement aussi sûr que possible et des consignes claires pour les moments critiques. Cette combinaison est nettement plus solide qu’un téléphone utilisé comme unique solution.
De l’installation à la première action utile
Commencer sans se mettre la pression
Après l’installation, je conseille de choisir un moment où vous n’êtes pas pressé. L’objectif n’est pas de remplir une longue fiche parfaitement rédigée. Il vaut mieux avancer par petites touches et enregistrer des éléments réellement utilisables. Une phrase courte qu’on comprend dans un moment difficile vaut mieux qu’un texte détaillé que l’on ne relira jamais.
Avant d’écrire, posez-vous une question très pratique : « Qu’est-ce qui pourrait m’aider à passer les prochaines minutes sans rester seul avec cette pensée ? » Cette formulation évite de chercher une solution définitive à toute la vie. Elle ramène l’attention vers une action faisable maintenant, comme se déplacer vers une pièce où quelqu’un est présent, appeler une personne précise ou demander de l’aide professionnelle.
Je vous suggère de préparer les informations avec une personne de confiance si cela est possible. Elle pourra remarquer qu’un contact est trop vague ou qu’une étape est difficile à réaliser. Par exemple, « appeler quelqu’un » est moins utile que le nom d’une personne qui sait déjà quoi faire lorsque vous lui dites que vous n’êtes pas en sécurité. Ce niveau de précision est l’un des vrais gains d’une préparation réfléchie.
Construire une liste qui fonctionne en situation de stress
Une bonne liste doit rester lisible quand la concentration baisse. Je privilégierais des formulations courtes, des actions dans un ordre évident et des contacts que vous avez réellement le droit de solliciter. Évitez d’y placer uniquement des idées générales comme « penser à des choses positives ». Une consigne concrète est plus facile à suivre : aller vers une personne, quitter un lieu isolé, demander que quelqu’un reste avec vous ou contacter un service adapté.
Un conseil moins évident consiste à tester votre liste un jour ordinaire. Lisez-la rapidement et demandez-vous si vous sauriez quoi faire sans devoir interpréter chaque phrase. Si une étape exige de chercher un numéro, de vous souvenir d’un accord ancien ou de décider qui appeler, elle mérite d’être clarifiée. Ce test ne simule pas une crise, mais il révèle les obstacles qui pourraient devenir importants au mauvais moment.
Je recommande aussi de distinguer les actions qui soulagent légèrement de celles qui permettent d’obtenir une aide humaine. Une activité apaisante peut vous aider à gagner du temps, mais elle ne doit pas masquer la nécessité de contacter quelqu’un lorsque le risque augmente. Cette séparation évite un piège fréquent des outils d’auto-assistance : confondre une distraction temporaire avec une véritable mise en sécurité.
Le premier succès : savoir quoi faire sans réfléchir longtemps
Pour moi, la première réussite n’est pas d’avoir une liste remplie. C’est de pouvoir l’ouvrir et identifier immédiatement une action réaliste. Faites un essai avec une situation imaginaire, sans attendre d’aller mal : lisez le premier élément, imaginez que vous devez le réaliser et vérifiez qu’il ne dépend pas d’une énergie exceptionnelle. Si l’action paraît trop grande, réduisez-la à un geste préalable.
Par exemple, au lieu de prévoir une longue conversation, vous pouvez préparer une phrase très simple pour signaler que vous avez besoin de compagnie ou d’aide. Le but n’est pas de tout expliquer parfaitement. Dans un moment de crise, communiquer l’urgence peut être plus important que raconter toute l’histoire. Cette préparation rend l’outil plus concret qu’une note personnelle rédigée sans scénario d’utilisation.
Un autre usage intéressant est de montrer la liste à un proche avant la crise. Vous pouvez lui expliquer ce que vous attendez de lui et ce qui ne vous aiderait pas. Cela transforme un contact enregistré en accord compréhensible. La personne sait alors qu’un appel ou un message n’est pas une gêne, mais un signal à prendre au sérieux. Cette étape demande du courage, mais elle donne beaucoup plus de valeur à la liste.
Si vous accompagnez quelqu’un, évitez de remplir l’application à sa place sans son consentement. Vous pouvez poser des questions et proposer des formulations, mais les actions doivent rester crédibles pour la personne concernée. Une liste imposée par un proche risque d’être ignorée. Une liste construite avec elle a davantage de chances d’être reconnue comme un outil personnel plutôt qu’une consigne extérieure.
Les confusions possibles et la manière de les éviter
La première confusion serait de croire que l’application surveille la situation ou avertit automatiquement quelqu’un. Je ne l’utiliserais jamais avec cette attente. Une liste ne remplace pas une alerte active et ne doit pas conduire à rester seul en pensant que le téléphone prendra le relais. Si vous êtes en danger, passez directement par un proche, un professionnel ou les urgences.
La deuxième est de remplir le contenu une seule fois et de ne plus jamais le relire. Les personnes disponibles peuvent changer, les lieux sûrs ne sont pas toujours les mêmes et une action qui semblait possible peut devenir irréaliste. Je conseille une vérification occasionnelle, surtout après un déménagement, une rupture, un changement de traitement ou une période de crise. Il ne s’agit pas de tout réécrire, mais de vérifier que les éléments importants restent vrais.
La troisième concerne le choix des actions apaisantes. Ce qui fonctionne un soir peut échouer un autre jour. Il est donc préférable d’avoir plusieurs types de ressources : une action qui éloigne de l’isolement, une action qui mobilise un proche, une action qui aide à attendre quelques minutes et une démarche professionnelle. Cette diversité réduit le risque de dépendre d’une seule idée.
Enfin, ne confondez pas confidentialité et isolement. Vous pouvez vouloir garder vos pensées privées, mais une liste destinée à vous protéger doit pouvoir conduire vers une aide réelle. Si vous refusez que quiconque sache que vous allez mal, demandez-vous au moins quelle personne ou quel service pourrait être contacté si la situation s’aggravait. Cette réflexion est parfois inconfortable, mais elle rend l’outil beaucoup plus responsable.
Une scène du quotidien où l’outil peut prendre son sens
Imaginez une soirée où vous rentrez seul, après une journée éprouvante, et où les pensées deviennent plus insistantes. Vous n’avez pas envie de rédiger un long message ni de chercher quoi faire sur internet. Une liste préparée peut vous rappeler une première action simple, puis vous orienter vers un contact défini à l’avance. Le bénéfice ne vient pas d’une formule magique : il vient du fait que la décision a été prise avant le moment de panique.
Dans cette situation, je consulterais l’application comme un pense-bête de sécurité, puis je passerais à l’action sans attendre de me sentir parfaitement motivé. Si le premier geste ne suffit pas, je suivrais l’étape suivante et je demanderais une aide humaine. Le point important est de ne pas transformer la consultation en attente passive. Lire la liste doit servir à bouger vers davantage de sécurité, pas à rester devant l’écran.
Pour une personne qui vit avec un proche, le scénario peut être différent. Elle peut préparer la liste avec lui, convenir d’un mot ou d’une phrase signal et décider à l’avance de la réaction attendue. Cela évite de négocier chaque détail pendant une crise. Là encore, l’application n’organise pas automatiquement l’aide : elle sert de support pour rendre l’accord plus clair et plus facile à retrouver.
Ce qui distingue cette approche des solutions habituelles
Une application de notes offre une grande liberté, mais cette liberté oblige à inventer toute la structure. Un agenda peut rappeler un rendez-vous, mais il n’est pas conçu pour guider une personne pendant une période de danger. Les applications de méditation ou de relaxation peuvent aider à réduire la tension, mais elles ne répondent pas nécessairement au besoin de contacter quelqu’un ou de quitter une situation risquée.
Hop ma liste se situe entre le carnet personnel et le support de préparation en santé mentale. Sa force est sa focalisation : elle invite à penser aux actions utiles dans le contexte des idées suicidaires. Son revers est tout aussi clair : elle ne cherche pas à être un outil général de suivi de l’humeur, de thérapie ou de relaxation. Si vous voulez suivre vos émotions chaque jour, vous aurez probablement besoin d’un autre outil en complément.
Je trouve également sa simplicité plus adaptée qu’une solution très chargée pour une personne qui a peu d’énergie. Trop de menus, de graphiques ou de notifications peuvent devenir une charge supplémentaire. Ici, l’intérêt est de revenir à une préparation ciblée. Mais cette sobriété signifie aussi que la valeur dépend davantage de votre contenu personnel que d’un grand nombre de fonctions intégrées.
Repères techniques et confiance à accorder au projet
L’application est développée par le CHU d’Angers, ce qui donne un contexte médical cohérent avec son objectif. Elle a été publiée le 31 mars 2022 et sa version actuelle est la 2.0.2. Sur le plan de l’adoption, elle dépasse les dix mille installations et affiche une moyenne de 4,2 sur les évaluations disponibles, avec un volume encore limité d’avis détaillés. Je prends ces éléments comme des repères, pas comme une preuve que l’expérience sera identique pour tout le monde.
La classification PEGI 3 peut surprendre pour une application traitant d’un sujet aussi sérieux, mais elle décrit l’accessibilité d’âge du produit, pas la facilité émotionnelle du thème abordé. Un adolescent ou un adulte peut donc l’ouvrir, tout en ayant besoin d’un accompagnement adapté. Pour un mineur, je privilégierais une utilisation discutée avec un adulte fiable et un professionnel, plutôt qu’une démarche entièrement solitaire.
La gratuité est un avantage évident pour commencer sans obstacle financier. Elle permet aussi à un proche ou à un intervenant de proposer l’outil sans demander un engagement payant. Toutefois, le prix nul ne change pas la nécessité de vérifier que les contacts et les actions inscrits sont pertinents. Le travail personnel reste la partie la plus importante de l’expérience.
La prochaine étape après la première utilisation
Après avoir créé votre première liste, je vous conseille de ne pas en rester à l’installation. L’étape suivante est de la relire avec une personne de confiance ou un professionnel, puis de vérifier que chaque action est possible dans votre quotidien. Demandez-vous où vous serez réellement, qui pourra répondre, quelle phrase vous pourrez dire et quel recours sera utilisé si la première aide ne suffit pas.
Vous pouvez ensuite intégrer l’application à un plan plus large, sans lui demander de tout faire. Gardez les coordonnées importantes dans les moyens habituels que vous utilisez déjà, sachez comment joindre les services d’urgence de votre pays et informez une personne de votre entourage de l’existence de cette liste. La redondance est utile : si vous n’arrivez pas à ouvrir l’application, une autre personne doit quand même savoir comment vous aider.
Je ferais également une courte révision lorsque votre situation change. Un nouveau logement, un conflit, un départ ou une amélioration durable peuvent modifier les personnes et les lieux à privilégier. Cette mise à jour évite de découvrir, au pire moment, qu’un ancien contact n’est plus disponible. C’est une petite habitude, mais elle transforme une liste statique en outil réellement vivant.
Mon avis final est donc favorable, avec une limite essentielle : Hop ma liste est un support de préparation, jamais une réponse d’urgence autonome. Je la trouve pertinente pour mettre en ordre des actions et des contacts avant une période difficile, surtout lorsque la personne accepte de la construire avec quelqu’un. Je la choisirais en complément d’un accompagnement médical ou relationnel, et non à sa place. Si vous cherchez une première étape simple et gratuite pour préparer un chemin vers l’aide, elle mérite d’être essayée avec sérieux, douceur et un plan clair pour contacter immédiatement des humains lorsque la situation l’exige.









